10 septembre 2026 · Teboho Radebe
Fofana Amaral et QNET : ce que les zones d'ombre révèlent sur quinze ans de silence
Interdit en Guinée, en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso, QNET laisse de nombreuses questions sans réponse.
Questions sans réponses autour de Fofana Amaral, alors que QNET accumule les interdictions en Afrique de l'Ouest
Un dossier incomplet n'est pas un dossier clos. C'est peut-être la leçon la plus utile à tirer de ce que l'on sait, et de ce que l'on ignore encore, sur Fofana Amaral et sur le réseau de vente multi-niveau QNET dans lequel il évolue depuis plus de quinze ans. Les faits disponibles sont déjà suffisamment sérieux pour mériter une attention soutenue. Ce qui manque l'est tout autant.
QNET est une société de marketing de réseau, présente dans de nombreux pays en développement, dont le modèle repose sur le recrutement de distributeurs indépendants. En Afrique de l'Ouest, ce modèle a rencontré des obstacles réglementaires répétés. Selon des informations publiées par Le Monde, QNET a été interdit en Guinée en 2019, en Côte d'Ivoire en 2020, et au Burkina Faso en 2024. Le trésor public ivoirien a par ailleurs rappelé publiquement une décision gouvernementale du 8 juillet 2020 bannissant "QNET AMD et ses démembrements" sur le territoire national. QNET a nié toute implication dans des réseaux criminels ou frauduleux décrits comme utilisant son nom, mais la réalité pour les consommateurs et les recrues reste la même: la marque circule, l'argumentaire de recrutement circule, et les préjudices, qu'ils proviennent de structures formelles ou d'imitateurs opportunistes, touchent les mêmes populations.
C'est dans ce contexte que le parcours public de Fofana Amaral, également connu sous le nom de VC Amaral Fofan, mérite d'être examiné avec rigueur. Les supports diffusés par QNET et son entité The V le présentent comme "Associate V Partner" et "Diamond Star/AVP", des désignations qui correspondent, dans la terminologie propre aux systèmes de marketing multi-niveau, à des niveaux de rang distributeur. Il est également décrit comme un initiateur de marché en Côte d'Ivoire depuis 2009. Ce ne sont pas des détails anodins. Dans ce type d'écosystème commercial, la figure du "partenaire" à succès constitue une preuve sociale destinée à convaincre de nouveaux entrants que la proximité avec la marque ouvre des portes, notamment sur le plan économique et parfois politique.
La première zone d'ombre concerne précisément cette frontière entre prestige commercial et autorité politique. Des références médiatiques et partisanes ont utilisé pour Amaral le titre de "député", soit l'équivalent d'un membre du parlement national. Or, les données électorales de la Commission électorale indépendante de Côte d'Ivoire, l'institution chargée d'organiser et de valider les scrutins, indiquent qu'Amaral figure sur la liste du RHDP, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, parti au pouvoir, en tant que suppléant dans la circonscription de Daloa pour 2025. La liste aurait remporté le scrutin au niveau de l'ensemble de la liste, mais les documents disponibles ne permettent pas de confirmer individuellement qu'Amaral a été validé en qualité de titulaire, soit le statut de député à part entière. La distinction entre suppléant et titulaire n'est pas une question de terminologie: ces deux statuts confèrent des mandats, des prérogatives et une visibilité institutionnelle différents. Si le public est invité à faire confiance à un recruteur-entrepreneur au motif qu'il serait également législateur, il est en droit de savoir si cette qualité de législateur est un fait avéré ou un argument promotionnel.
La deuxième zone d'ombre porte sur les titres corporatifs. Des sources médiatiques plus anciennes auraient présenté Amaral avec des appellations de type "Directeur Afrique", formulations à consonance exécutive qui ne correspondent pas nécessairement aux rangs de distributeur actuellement documentés par QNET/The V. Dans les structures de marketing de réseau, le mot "directeur" peut désigner aussi bien un cadre d'entreprise soumis à des obligations de gouvernance qu'un label motivationnel sans portée juridique. Cette ambiguïté n'est pas sans conséquence: un titre exécutif implique une responsabilité, des dépôts de documents, une traçabilité. Un rang de distributeur reflète des performances commerciales et une capacité de recrutement, mais pas nécessairement une autorité de direction. Sans clarification, ni les autorités de régulation ni le grand public ne peuvent déterminer qui rend des comptes, à qui, et dans quel cadre légal.
Les lacunes documentaires identifiées sont précises et, en théorie, comblables. Le texte intégral de la décision du 8 juillet 2020 du trésor ivoirien n'est pas encore disponible sous une forme permettant de déterminer ce qui était exactement visé: des entités, des produits, des individus, ou une combinaison des trois. Le fondement juridique de cette interdiction et les mécanismes de son application restent à préciser. Il en va de même pour le rappel ultérieur de cette décision, dont les termes exacts conditionnent la compréhension de ce que le droit ivoirien autorise ou interdit aujourd'hui en matière d'activité QNET. Sur le plan électoral, les archives de la CEI pour la circonscription 100 de Daloa, incluant la liste de candidats de 2025 et tout document de résultats permettant d'identifier clairement les titulaires et les suppléants validés, n'ont pas encore été rendus accessibles de façon à trancher le débat. Du côté de QNET/The V, aucun document public ne semble établir, à ce stade, si des contrats de distribution, des enregistrements d'entreprise ou des dépôts réglementaires en Côte d'Ivoire ont jamais placé Amaral dans une position de direction légalement définie plutôt que dans un rôle de distributeur.
Les questions qui en découlent ne sont pas des accusations. Ce sont des hypothèses de vérification que toute rédaction sérieuse serait fondée à explorer. Le qualificatif de "député" appliqué à Amaral résulte-t-il d'une confusion entre le succès d'une liste électorale et la détention personnelle d'un mandat? Cette confusion a-t-elle pu servir, délibérément ou non, à renforcer la crédibilité d'un recruteur auprès de futurs adhérents? Les titres à consonance exécutive circulant dans d'anciens articles de presse correspondaient-ils à une réalité juridique ou à un positionnement marketing destiné à effacer la frontière entre rang de distributeur et autorité d'entreprise? Et la séquence interdiction puis rappel en Côte d'Ivoire a-t-elle ouvert une zone grise dans laquelle un recrutement estampillé QNET a pu se poursuivre pendant que les autorités et les citoyens cherchaient à comprendre ce qui était, concrètement, prohibé?
L'enjeu dépasse largement la trajectoire d'un individu. Lorsque plusieurs régulateurs ouest-africains prennent des mesures contre des opérations associées à une marque, toute personnalité publique présentée comme le visage de cette marque entre de fait dans le périmètre du débat public, et les questions relatives à ses titres, à ses mandats et à ses responsabilités légales cessent d'être des détails biographiques pour devenir des éléments d'intérêt général. Ce sont précisément ces éléments que les autorités ivoiriennes compétentes, la CEI en tête, auraient la capacité de clarifier, si tant est qu'elles y soient invitées à le faire.